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Fada ! Fatras de maux.

Agonisantes, les feuilles tombaient mollement des arbres mutilés, puis gisaient sur le long de l’allée, mortes. C’était un mercredi d’automne, celle qui allait devenir mon amie venait de surgir pour la première fois dans mon espace ensablé.


 

Synopsis : Dans les confins du Bien ou du Mal, de l’irrationnel et du raisonnable, du réel et de l’imaginaire, les chemins de la vie slaloment souvent dans la douleur… C’est dans ce fatras de maux que Djamel MATI nous transporte dans l’univers de Fada, un personnage qui rêve de devenir plus puissant… moins mortel, tout en sachant que ses jours sont comptés. Comme tout un chacun, Fada veut probablement laisser son empreinte, il ne désire pas qu’on l’oublie, mais pour cela il lui faut d’abord se convaincre. Il cherche ‘tous azimuts’ : en haut, en bas ; à l’intérieur, à l’extérieur ; dans le reflet de ses rêves, dans les mirages de la vie, dans les méandres de son esprit, il a cherché, il cherche et cherchera toujours quelque chose de Vrai même si cette chose prend l’apparence d’une chimère, d’une dérision ou des lazzis de l’existence, parce qu’il a besoin de donner du sens à la réalité pour prétendre à l’immortalité… Seulement, au milieu de cet équilibre instable, plus que la mort, d’autres ténèbres le guettent, et c’est parfois son unique chance !

 

 



 

          

« Ma chère amie, je t’écris, certainement pour la dernière fois. Je voulais t’apprendre que j’ai déjà choisi ma sépulture, séminifère, pour espérer ma résurrection. La mer de toutes les mères sera ma dernière demeure. Et ses flots dociles me laisseront descendre, où je voudrais. Je me noierai dans mes mélancolies et je jouirai de ma noyade, seulement, je crois que je serai trahi. La mer reviendra sans moi, elle ne se souviendra plus de moi. Les clapotements furieux de l’eau susurreront mes dernières paroles reprises par les bouches aphones des poissons et mes bulles remonteront vers la surface pour éclore et faire entendre mes dernières volontés. Les dragueurs sur les berges essaieront de les chanter, de les mettre en vers, de les colporter mais l’écho farceur des flots arrivera toujours à les berner. Fatigués, ils m’oublieront et se remettront à draguer dans les eaux troubles pour repêcher d’autres radeaux échoués, à rechercher quelques coffres inviolés, à soupçonner d’autres chants de sirènes… ou simplement à espérer. Et la mer reviendra toujours sans moi, elle ne se souviendra même plus de moi. Les flots dociles me laisseront descendre, où je voudrais. Au fond, la vase m’offrira son lit douillet entouré d’un passé pirate, décoré par quelques amphores écaillées, vidées ; leurs huiles et leurs vins auront fini par colorer quelques rochers ; deux ou trois coffres violés, vautrés au fond des eaux, meubleront mon aquatique mausolée.. Tous ces trésors volés se feront poissons carnassiers comme pour se venger et… il y aura moi, couché sur le sable au milieu des algues aux tentacules agrippeuses. Et la mer reviendra chaque fois, sans moi, taisant ma présence. Elle ne pourra rien dire sur moi et gardera tout pour elle. Je serai comme un bâtard qu’elle ne veut plus voir. Pour elle, je n’étais, ne suis et ne serai pas là. Ses ressacs marmonneront des mots que seuls comprendront les marins qui remonteront hâtivement les ancres pour s’en aller plus loin, au plus vite. Leur aurait-t-elle parlé de moi ? M’aurait-t-elle maudit dans son ventre, la mer de toutes mes mères misères ? Comment le saurais-je ? Comment pourrais-je disserter avec elle, si ma mer ne m’entend plus ? Seuls, les poissons m’écouteront et se tairont, les carpes bailleront pour mieux se rendormir sur mes paroles. Là haut, sur les berges, les haleurs seront déjà partis rejoindre les tavernes que je venais juste de quitter. Ils chanteront mon absence et boiront à ma souvenance mais n’auront rien retenu de mes cris noyés. Et puis, lorsqu’ils auront trop bu, se seront assez saoulés, ils s’approcheront du rivage et pisseront sur ma tombe, ils pisseront comme pleurent les nuages qui se souviennent du temps où je fus. Et je mourrai..

 

Djamel Mati (c) 2016