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Aigre-doux


 

 

 

L’ex rue du diable.

Agrippé à la colline rocheuse, le vieux quartier ressemble à un immense escalier mal taillé qui étale ses pieds jusqu’à la mer et la regarde avec désillusion. Les maisons maures, aux arabesques cariées par le temps, tombent en ruine. Accoudées les unes contre les autres, les habitations s’imbriquent et s’incrustent sur les marches irrégulières pour éviter de s’effondrer. Un enchevêtrement d’étroites ruelles ombragées relie les vies des habitants de l’antique cité. Le blanc, qui naguère recouvrait tous les murs, a perdu sa virginité. La citadelle s’endeuille tout doucement en s’habillant de gris, le noir est à venir. Cette forteresse, qui a su superposer sur ses fondations les époques et les civilisations, se trouverait-elle soudainement frappée par une malédiction divine ? Les nostalgiques ont beau chanter ses vestiges, c’est sur ses délabrements qu’il faudrait chialer, plutôt !

Impuissante, la cité agonise lentement. Le ciel pleure sa grisaille sur les vieilles demeures moribondes. La Casbah se meurt sans aucune émotion.

C’est dans une de ces masures que je me suis réveillé un triste matin, après un long, très long voyage hors du temps. Pour fêter mon retour au bercail, ce jour-là, tous les Dieux du ciel crachaient leur dégoût sur la ville — une manière à eux de me souhaiter la bienvenue, peut-être !


L’aventure vaut toutes les imaginations d’être vécue. Le point B.114,  depuis sibirkafi.com, ne cesse d’être la grotte merveilleuse d’effroi de nombreux Ali Baba des temps modernes avec des personnages loufoques, de géniaux équilibristes entre une réalité déprimante et une irréalité bourrée de chanvre indien. Avec Djamel Mati, tous les chemins, tortueux et imprévisibles, mènent au fantastique, à ces Paradis artificiels et morbides où le conte, le récit froid, la fable, la sottie, une concoction de genres font bon ménage dans leurs élucubrations et qu’aucune littérature présente n’a su tisser avec autant de verve et de génie.  Les amoureux du manège prendront la roue sans se douter qu’elle tourne sur elle-même avec les cris, les vertiges, les peurs et les syncopes de ces voyageurs d’un instant.

Mais cette foire d’empoigne de jeux de mots, d’un univers savamment ludique, si elle fait rire aux éclats, pousse aussi à l’introversion, à des moments de béatitude sur les tréfonds de l’être humain. Ce nouvel épisode de sibirkafi.com et de Fada, intitulé si justement Aigre-Doux, offre aux lecteurs avertis, l’essoufflement des courses pédestres ratées et les voyages mentaux qui mènent au seuil mirifique de la folie et aux devantures aguichantes du rêve. Et la réalité alors ? A quoi sert de la débusquer 

4ème couverture par R. Mokhtari

 

 

 

Djamel Mati (c) 2016